Le petit roublard (réponse sans filtre)

Il y a deux manières de faire de la politique locale.

La première consiste à débattre d’idées, de visions, de trajectoires, parfois frontalement, parfois avec humour, mais toujours en assumant ce que l’on écrit.

La seconde consiste à traquer l’intention supposée, à scruter les likes, à compter les abonnés, et à remplacer l’analyse par le soupçon.

Le dernier billet de Roubaignoles relève clairement de la seconde catégorie.

Soyons clairs d’emblée : Roubaix sans filtre n’a jamais revendiqué la neutralité. Il est écrit noir sur blanc : un regard citoyen, critique et assumé.

Critique, donc sélectif.

Assumé, donc cohérent.

Ce que Roubaignoles semble reprocher, ce n’est pas un manque de clarté, mais l’existence même d’un espace qui n’est pas le sien, et qui ne joue pas selon ses codes.

Une méthode bien rodée

Il suffit de parcourir leurs publications récentes pour comprendre que Roubaignoles ne pratique ni la neutralité, ni l’analyse distanciée, mais une mise en scène permanente du sarcasme, souvent drôle, parfois brillante, mais rarement soucieuse de rigueur.

Le “dimanche tranquille au Celtic” en est une parfaite illustration.

Le café imbuvable, le rédacteur en chef caricatural, l’élu réduit à l’andouille, la culture convoquée non pour éclairer mais pour ridiculiser.

Alexandre Garcin y est moqué pour avoir fait entrer des œuvres du Musée de la Piscine dans son bureau.

Non pas pour interroger le sens du geste ou sa symbolique — ce qui serait parfaitement légitime — mais pour le tourner en dérision à coups d’anecdotes inventées, de digressions familiales et de références folkloriques approximatives.

Ce n’est pas de la critique politique.

C’est du théâtre satirique, assumé comme tel.

Quand la moquerie tient lieu d’analyse

Même procédé lorsqu’il s’agit des autres candidats.

Mehdi Chalah est résumé à une “audace tiédasse”, assortie d’une blague sur des nems disparus.

Le fond politique est évacué.

Karim Amrouni inaugure un local de campagne ; l’événement est réduit à un buffet vide.

Quant à David Guiraud, il oscille selon les jours entre la crapule, l’andouille ou l’indignation feinte.

Ce n’est ni interdit, ni illégitime.

Mais qu’on ne vienne pas ensuite expliquer que le problème serait l’absence de neutralité chez les autres.

Le haïku comme révélateur

Ce qui semble réellement déranger Roubaignoles, ce n’est pas le fond, mais le format.

Trois lignes.

Une idée.

Pas de personnage grotesque.

Pas de café dégueulasse pour faire diversion.

Le haïku oblige à lire.

À comprendre.

À assumer une position sans se cacher derrière la farce.

Et c’est peut-être là que le bât blesse.

La pauvreté, sujet sérieux… sauf quand elle sert de décor

Roubaignoles consacre de longues tirades à la pauvreté à Roubaix. Les questions posées sont parfois justes.

Mais elles sont noyées dans une rhétorique du soupçon permanent, où chaque propos d’élu devient une intention cachée, chaque visite une faute morale.

Oui, la pauvreté est massive à Roubaix.

Oui, elle mérite mieux que des slogans.

Mais la caricature permanente ne remplace ni l’analyse, ni la proposition.

En conclusion

Roubaignoles pratique la satire.

Roubaix sans filtre pratique l’analyse courte.

L’un ridiculise.

L’autre synthétise.

L’un mise sur la connivence et la moquerie.

L’autre sur la lecture et l’interprétation.

Il n’y a pas de hiérarchie morale entre les deux.

Mais il serait temps d’admettre une chose simple : ce n’est pas parce qu’on se moque fort qu’on a raison, ni parce qu’on écrit long qu’on est plus honnête.

Post-scriptum

Un mot, enfin, pour Roubaignoles :

merci pour la publicité.

Être qualifié de “petit roublard” dès les premiers jours d’existence est une forme de reconnaissance.

Et offrir une telle visibilité à une page naissante relève d’un sens du service que nous accueillons avec un immense plaisir.

Sans slogans.

Sans cris.

Et toujours… sans filtre.