Le meeting LFI organisé à Roubaix n’a pas seulement été clivant.
Il a été choquant par ses méthodes, violent dans son registre, et inquiétant dans ce qu’il révèle.
Qu’on soit clair d’entrée :
👉 je ne partage ni les idées du RN, ni celles de Jordan Bardella.
Mais le rejet d’une idéologie ne justifie ni l’insulte, ni le mépris, ni la déshumanisation de l’adversaire.
Or c’est exactement ce à quoi on a assisté lors de ce meeting.
Une politique de l’outrance assumée
Pendant ce rassemblement, David Guiraud a installé une logique claire :
- moquerie permanente,
- comparaisons infamantes,
- disqualification morale,
- vocabulaire agressif, parfois quasi punitif.
Ce n’est plus du débat politique.
C’est du rapport de force, du clash, de la mise en scène de la colère.
Et quand ce type de discours vient d’un député de la République, cela pose un vrai problème démocratique.
Quand même les opposants disent stop
Le plus révélateur dans cette séquence n’est pas seulement la réaction du maire ou de son groupe.
C’est aussi celle de Karim Amrouni, pourtant opposant politique, qui a publiquement dénoncé une comparaison jugée indigne.
Quand même un adversaire politique dit « stop », c’est qu’une ligne a été franchie.
Roubaix transformée en décor
Ce meeting n’était pas un débat municipal.
C’était une tribune nationale délocalisée, où Roubaix servait de décor, de symbole, de support émotionnel.
Peu de faits locaux.
Peu de décisions municipales précises.
Beaucoup de slogans, de postures, d’ennemis désignés.
👉 Roubaix mérite mieux qu’un rôle de figurante dans un combat idéologique national.
Roubaix, l’exact opposé de cette méthode
Roubaix est une ville multiculturelle, multi-religieuse, ouverte.
Une ville pauvre, oui — mais riche de sa diversité, de ses parcours, de ses histoires entremêlées.
Ici, on vit ensemble :
croyants ou non, musulmans, chrétiens, juifs, athées.
Des familles venues d’ailleurs, des familles d’ici depuis longtemps.
Roubaix n’est pas une ville à “rééduquer”.
Roubaix n’est pas une ville à “sauver”.
Et c’est là que le décalage est le plus violent :
les méthodes de David Guiraud — brutalité verbale, logique de camp, désignation permanente d’ennemis, mépris assumé — ne ressemblent pas à Roubaix.
Elles ne ressemblent pas à cette ville qui, malgré ses difficultés, a toujours su vivre avec la différence.
Le fantasme du sauveur
Tout dans ce meeting repose sur une idée implicite :
👉 un homme viendrait “sauver” Roubaix.
Comme si la ville n’existait pas avant.
Comme si ses habitants étaient incapables de se tenir debout sans un guide autoproclamé.
Comme si la complexité roubaisienne pouvait se régler à coups de slogans et d’outrance.
Ce fantasme du sauveur est dangereux.
Parce qu’une ville comme Roubaix ne se gouverne pas par la colère, mais par la responsabilité, la nuance et la capacité à rassembler.
Député aujourd’hui : quel bilan concret ?
La question mérite d’être posée, calmement mais fermement :
👉 quelles actions concrètes pour Roubaix en tant que député ?
À part :
- les plateaux télé,
- les punchlines,
- les meetings enflammés,
où est le travail parlementaire utile au territoire ?
Sur des sujets majeurs pour nos quartiers —
narcotrafic, sécurité, économie, industrie, énergie, coût du gaz —
les absences lors de votes clés interrogent.
Être député, ce n’est pas seulement dénoncer.
C’est siéger, voter, peser, travailler, même quand c’est moins spectaculaire.
Une inquiétude plus large, documentée
Ce malaise ne sort pas de nulle part.
Depuis plusieurs mois, des enquêtes et analyses — notamment dans marianne — alertent sur :
- la radicalisation du discours,
- l’essentialisation des individus,
- une vision du monde de plus en plus binaire,
- et une difficulté croissante à accepter le pluralisme et la contradiction.
Quand ces dérives idéologiques rencontrent le pouvoir municipal, ce n’est plus théorique.
C’est très concret.
Gouverner une ville, ce n’est pas invectiver
Diriger une ville comme Roubaix, ce n’est pas :
- humilier ses opposants,
- essentialiser ses habitants,
- importer des combats idéologiques nationaux,
- ni installer un climat de tension permanente.
C’est faire tenir ensemble une ville fragile, diverse, complexe.
C’est protéger tous les Roubaisiens, sans tri, sans soupçon, sans étiquettes.
Sans filtre
Ce meeting n’a pas élevé le débat.
Il l’a abaissé.
Il n’a pas rassemblé.
Il a divisé.
Et quand la politique devient un concours d’agressivité, ce sont toujours les villes populaires qui en paient le prix.
Roubaix mérite une politique exigeante, ferme, mais digne.
Pas une politique de la colère mise en scène.