À force de vouloir définir le « vrai » roubaisien, certains finissent par réduire Roubaix à une carte postale jaunie, figée dans une nostalgie de village. Comme si l’appartenance à la ville se mesurait à un acte de naissance, à un arbre généalogique ou à une ancienneté certifiée conforme.
La question mérite pourtant mieux que ce débat rétréci : qu’est-ce qu’être roubaisien aujourd’hui ?
Roubaix n’est pas un village, encore moins une lignée
Roubaix n’est ni une terre sacrée ni un club fermé réservé à quelques familles installées depuis trois générations.
Roubaix est une ville façonnée par :
- des mouvements de population constants,
- une histoire industrielle et migratoire intense,
- des arrivées comme des départs,
- des rencontres, des mélanges, des trajectoires croisées.
C’est précisément cela qui fait sa richesse. Pas l’entre-soi. Pas la permanence de quelques noms sur les boîtes aux lettres.
Penser l’inverse, c’est nier l’histoire même de la ville.
Habiter une ville ne se résume pas à y passer
Être roubaisien, ce n’est pas :
- faire trois marchés entre deux distributions de tracts,
- apprendre les noms des rues à la veille d’une campagne,
- se découvrir une passion soudaine pour un territoire qu’on ne pratiquait pas hier.
Habiter une ville, c’est :
- y vivre réellement,
- y construire son quotidien,
- y connaître les contraintes, les usages, les réalités,
- y rester quand les caméras sont éteintes.
La différence est nette entre vivre Roubaix et survoler Roubaix. Et les habitants ne sont pas dupes.
Le vrai débat n’est pas l’origine, mais la cohérence
En politique municipale, la légitimité ne se joue pas sur :
- l’endroit où l’on est né,
- le nombre de générations avant soi,
- la pureté supposée d’une “roubaisianité” fantasmée.
Elle se joue sur :
- la présence réelle,
- la durée,
- la cohérence entre discours et vie quotidienne,
- l’engagement hors période électorale.
À ce jeu-là, certains parlent beaucoup de Roubaix sans vraiment y vivre, quand d’autres la pratiquent sans en faire un argument marketing.
Une vision étriquée d’une ville ouverte
Réduire Roubaix à une identité figée, c’est une vision limitée, presque appauvrissante.
La force de Roubaix n’a jamais été l’homogénéité, mais le multiculturalisme, l’ouverture, la circulation des idées et des personnes.
C’est une ville où l’on arrive, où l’on repart parfois, où l’on revient souvent.
Une ville de parcours, pas de certificats d’authenticité.
À ce titre, il serait d’ailleurs intéressant de scruter de près les arbres généalogiques de celles et ceux qui prétendent définir le « vrai » roubaisien. Les surprises seraient sans doute nombreuses.
En conclusion
Roubaix n’est pas une ville d’héritiers.
C’est une ville de trajectoires.
Être roubaisien, ce n’est pas une question de naissance ou d’ancienneté, mais de réalité vécue, d’implication sincère et de rapport au quotidien.
À force de vouloir enfermer la ville dans une définition étroite, certains passent surtout à côté de ce qui fait sa richesse profonde : sa diversité, ses mouvements, ses échanges, et sa capacité à se réinventer.