Cantine scolaire à Roubaix : quand la démagogie remplace le diagnostic

La « cantine gratuite pour tous » devait être la première mesure forte de la campagne municipale de Karim Amrouni.

Elle devait incarner la justice sociale, l’égalité, la fraternité.

Elle est surtout devenue, en quelques jours, un symptôme inquiétant : confusion des messages, contradictions publiques, attaques contre ceux qui maîtrisent les dossiers… et fuite en avant communicationnelle.

La question oubliée : 

qui sont les exclus ?

Avant de parler de « cantine pour tous », une question élémentaire devrait pourtant être posée :

  • Qui sont aujourd’hui les enfants réellement exclus de la cantine ?
  • Combien sont-ils ?
  • Pour quelles raisons précises ?
  • De quoi ont-ils besoin concrètement ?

Aucun diagnostic sérieux n’a été présenté.

On décrète une gratuité universelle sans identifier le problème réel.

Or l’égalité n’est pas de traiter tout le monde de la même manière.

L’égalité, c’est de répondre justement à des situations identifiées.

Accueillir tous les enfants : une intention positive, un défi réel

À Roubaix, la volonté d’accueillir tous les enfants à la cantine est en soi un objectif positif.

Mais cet objectif ne peut pas être pensé uniquement sous l’angle du principe.

Le vrai sujet, ce sont :

  • la capacité réelle d’accueil des écoles, publiques comme privées,
  • le nombre de places disponibles,
  • les effectifs de personnel nécessaires,
  • l’organisation des services successifs.

Accueillir davantage d’enfants implique souvent :

  • multiplier les services,
  • allonger les temps de passage,
  • renforcer les équipes,
  • adapter les locaux.

Sans ces ajustements, le risque est connu :

👉 une dégradation progressive de la qualité des repas,

👉 des temps de pause raccourcis,

👉 une expérience moins sereine pour les enfants.

La cantine n’est pas un symbole.

C’est un service public concret, qui exige anticipation, moyens humains et organisation rigoureuse.

Une communication contradictoire

En novembre :

👉 « Cantine gratuite pour tous ».

En janvier, dans des déclarations filmées :

👉 apparition de la notion de temps donné, d’engagement des parents, de participation à l’organisation.

Puis, face à la polémique :

👉 des visuels affirmant l’inverse :

  • aucune condition,
  • aucune contrepartie,
  • aucun lien avec l’engagement.

Le problème n’est pas qu’un projet évolue.

Le problème, c’est de dire une chose et son contraire, puis d’accuser les citoyens de « mentir » lorsqu’ils relèvent l’incohérence.

La vidéo qui verrouille le débat

C’est Bruno Renoul, journaliste à La Voix du Nord, qui publie la vidéo d’une déclaration de Karim Amrouni.

À partir de là, il n’y a plus d’interprétation possible.

Les mots sont publics. Les images aussi.

Ce ne sont pas des attaques.

Ce sont des faits.

Parlons chiffres, simplement (et honnêtement)

Pas besoin d’échanges internes ni de fantasmes.

Un raisonnement public, reproductible, suffit :

  • Environ 11 000 élèves déjeunent chaque jour à Roubaix
  • Le coût réel complet d’un repas (production, personnel, logistique) est d’environ 13 €
  • Sur 119 jours d’école

👉 Cela représente environ 17 M€ par an pour le coût total du service.

Mais — et c’est là que la confusion est entretenue — ce n’est pas le surcoût.

Aujourd’hui, la Ville finance déjà une large part de ce coût.

Les familles contribuent selon leurs revenus.

👉 Le surcoût réel d’une gratuité totale est donc de l’ordre de 9 M€ par an.

Ce chiffre n’est ni militant, ni polémique.

Il est arithmétique.

Et il mérite d’être assumé politiquement.

Dalila Cherigui : la gestion contre la communication

C’est précisément ce que rappelle Dalila Cherigui, élue dans l’équipe d’Alexandre Garcin.

Dalila Cherigui ne fait pas de storytelling.

Elle gère.

Elle rappelle une évidence que certains soutiens d’Amrouni feignent de ne pas comprendre :

👉 13 € n’est pas le prix payé par les parents,

👉 c’est le coût réel pour la collectivité.

Accuser ce chiffrage d’« absurde », c’est soit :

  • ne rien comprendre aux finances publiques,
  • soit faire preuve d’une mauvaise foi manifeste.

Avant d’attaquer une élue qui maîtrise ses dossiers, encore faudrait-il :

  • produire un chiffrage alternatif crédible,
  • expliquer les arbitrages,
  • dire quels services seront impactés.

Pour l’instant : rien.

Mehdi Chalah, Mélenchon… et le hors-sol politique

Dernier épisode : Mehdi Chalah tente de défendre la proposition en partageant une vidéo de Jean-Luc Mélenchon expliquant, à la télévision, que la cantine gratuite est une bonne idée.

Le problème ?

👉 Une déclaration nationale n’est pas un budget municipal.

À Paris, on fait de l’idéologie.

À Roubaix, on fait de la gestion.

Brandir Mélenchon pour éviter de répondre :

  • au chiffrage local,
  • aux capacités d’accueil,
  • aux effectifs,
  • aux arbitrages concrets,

ce n’est pas un argument.

C’est une diversion.

Guiraud, les visuels et la fuite en avant

Dans la foulée, David Guiraud dégaine visuels et vidéos accusant les autres de « mensonges ».

Ironie totale :

ce sont précisément ces visuels contradictoires, outranciers, parfois faits à la hâte, qui aggravent le malaise.

On ne répond pas à une confusion par une autre confusion.

On ne remplace pas un chiffrage par des slogans.

Et on ne sauve pas un projet local en empilant des vidéos tournées dans une voiture.

Conclusion : première mesure, premier échec politique

La cantine gratuite pouvait être un débat légitime.

Elle est devenue un problème politique par manque de rigueur.

À Roubaix, on n’a pas besoin :

  • de storytelling,
  • de carrousels contradictoires,
  • ni de procès en mensonge.

On a besoin de :

  • diagnostics clairs,
  • chiffres assumés,
  • arbitrages transparents,
  • et d’une vraie connaissance du terrain.

Sur ce dossier précis, la conclusion est sans appel :

la communication a précédé la compétence.

Et pour une première mesure de campagne, c’est un avertissement sérieux.