Il y a quelque chose de profondément contradictoire dans la démarche d’André-Louis Hibon.
Dans ses prises de parole, ses publications, ses citations bien choisies, il se présente comme un adversaire résolu de la démagogie. Il en fait même un marqueur moral : la démagogie serait l’arme de ceux qui ne respectent pas les citoyens.
Le problème, c’est que tout dans sa campagne relève précisément de ce qu’il prétend combattre.
Une interview hors-sol
Son interview donne le ton.
Un discours propre, posé, sans débordement — mais vide de chair locale.
On y trouve :
- des constats généraux,
- des évidences consensuelles,
- des critiques abstraites du “système”,
- aucune démonstration d’un vécu roubaisien réel.
Roubaix est évoquée comme un concept, jamais comme un quotidien.
Les problématiques sont énoncées comme si elles venaient d’un rapport national, pas d’un terrain vécu.
C’est une parole d’observateur, pas d’acteur.
Un profil Facebook qui ne fait pas campagne
Ses publications confirment cette impression.
Le fil n’est pas celui d’un candidat municipal en campagne, mais celui :
- d’un commentateur de l’actualité nationale,
- d’un relais d’articles parlementaires,
- d’un agrégateur de positions idéologiques,
- ponctué de citations morales et de symboles culturels.
Très peu de Roubaix.
Encore moins de projet municipal structuré.
Aucune pédagogie sur ce qui est déjà en place, ce qui fonctionne, ce qui échoue, ce qui pourrait évoluer.
Présence n’est pas engagement. Visibilité n’est pas incarnation.
Le problème du parachutage
Ce malaise n’est pas nouveau.
André-Louis Hibon n’en est pas à sa première tentative politique locale.
Il a déjà été candidat ailleurs, dans d’autres villes, avant d’arriver à Roubaix.
Ce n’est pas illégal.
Ce n’est pas interdit.
Mais politiquement, cela pose une question simple :
qu’est-ce qui relie vraiment ce candidat à Roubaix, autrement qu’une opportunité électorale ?
Quand on change de terrain à chaque échéance, on ne construit pas un ancrage.
On construit une trajectoire personnelle, pas un projet territorial.
Et c’est précisément là que la démagogie commence.
Démagogie morale vs réalité politique
La démagogie ne se limite pas aux promesses irréalistes.
Elle peut aussi prendre une forme plus subtile :
celle du discours vertueux sans racines,
celle de la posture morale détachée du réel.
Dire qu’on respecte les citoyens,
sans montrer qu’on connaît leur quotidien,
leurs contraintes,
les politiques déjà menées,
les choix déjà assumés —
c’est faire de la démagogie douce.
Et c’est là que la comparaison devient inévitable
À la fin, la différence saute aux yeux.
Le maire en place, Alexandre Garcin, qu’on l’apprécie ou non :
- vit Roubaix,
- en porte le bilan,
- en assume les réussites et les échecs,
- et parle depuis l’intérieur du système municipal.
Il ne promet pas hors-sol.
Il agit dans un cadre contraint, imparfait, réel.
Face à cela, André-Louis Hibon apparaît non pas comme une alternative construite, mais comme un candidat de plus, arrivé sans maîtrise de l’existant, sans épaisseur locale, et pourtant prompt à dénoncer la démagogie… chez les autres.
Conclusion nette
À Roubaix, la politique ne se joue pas à coups de citations ou de postures morales.
Elle se joue dans la durée, la connaissance du terrain, l’acceptation du réel.
On peut critiquer le maire sortant.
On peut vouloir autre chose.
Mais encore faut-il vivre la ville avant de prétendre la diriger.
Et sur ce point précis, André-Louis Hibon ne convainc pas.