L’interview de Karim Amrouni accordée à Roubaix Web est instructive.
Non pas tant par les constats qu’il dresse – largement partagés – que par ce qu’elle révèle de sa posture politique.
À l’issue de cet entretien, une question s’impose :
Karim Amrouni parle-t-il comme un futur maire… ou comme un élu qui n’a jamais quitté l’opposition ?
Un discours centré sur soi
Tout au long de l’échange, un élément saute aux yeux : le “je” est omniprésent.
Je ferai.
Je serai.
Je ne laisserai pas faire.
Je porterai.
Ce choix de langage n’est pas anodin.
Il traduit une vision très personnelle du pouvoir, presque solitaire, là où la fonction de maire repose avant tout sur une gouvernance collective.
À aucun moment n’apparaissent clairement :
- une équipe structurée,
- une répartition des rôles,
- une méthode de pilotage.
Or un maire n’agit jamais seul.
Il gouverne avec des adjoints, une administration, des partenaires institutionnels, dans un cadre budgétaire et juridique contraint.
Ici, l’équipe est absente du récit.
Des intentions, pas une méthode
Sur le fond, Karim Amrouni aligne de nombreuses propositions :
- cantine gratuite,
- accompagnement massif de la jeunesse,
- soutien à l’entrepreneuriat,
- démocratie participative renforcée,
- attention portée à chaque tranche d’âge.
Tout cela est respectable.
Mais gouverner une ville ne consiste pas à empiler des intentions.
Dans cette interview :
- aucun ordre de priorité,
- aucun arbitrage assumé,
- aucun renoncement évoqué.
Or un maire doit faire des choix difficiles, souvent impopulaires.
Il doit dire ce qu’il fera… et ce qu’il ne fera pas.
Ce travail de hiérarchisation est totalement absent.
Une posture d’élu d’opposition, pas de chef d’exécutif
Karim Amrouni parle encore comme un contre-pouvoir.
Il dénonce, il critique, il conteste.
C’est légitime dans un conseil municipal.
Mais ce n’est pas suffisant pour diriger une ville comme Roubaix.
On ne l’entend jamais :
- expliquer comment il gérerait une crise,
- assumer une contrainte budgétaire,
- arbitrer entre deux priorités incompatibles.
La fonction de maire n’est pas celle d’un commentateur permanent.
C’est celle d’un décideur responsable.
La démocratie participative comme échappatoire
L’entretien fait la part belle à la concertation, aux habitants, aux comités de quartier.
C’est nécessaire.
Mais là encore, le discours évite une question essentielle :
qui décide, quand et sur quels critères ?
La concertation n’est pas une fin en soi.
Elle ne remplace ni la décision politique, ni la responsabilité qui va avec.
À force de tout renvoyer à l’intelligence collective, Karim Amrouni esquive l’acte de gouverner.
Une personnalisation excessive du rôle de maire
Karim Amrouni donne l’image d’un homme sincère, engagé, profondément investi.
Mais aussi celle d’un candidat qui incarne seul la solution.
Roubaix n’a pas besoin d’un maire solitaire.
Elle a besoin :
- d’une équipe solide,
- d’une gouvernance claire,
- d’une capacité à faire travailler ensemble élus, services et partenaires.
Or cette architecture n’apparaît jamais dans son discours.
Conclusion : une voix utile, mais pas une stature de maire
Soyons clairs :
Karim Amrouni peut être une voix utile au conseil municipal.
Ses idées sur l’éducation, la jeunesse ou les politiques sociales ont leur place dans le débat public.
Mais cette interview le montre sans ambiguïté :
il parle en “je”,
pas en “nous”,
et encore moins en “comment”.
Être maire de Roubaix, ce n’est pas avoir raison.
C’est savoir gouverner dans la durée, sous contraintes, avec une équipe.
Sur ce point essentiel, Karim Amrouni ne convainc pas.