Ces derniers jours, David Guiraud a publié une série de visuels appelant les habitants de Roubaix à s’inscrire sur les listes électorales.
L’intention affichée est louable : encourager la participation démocratique.
Mais la méthode, elle, pose question. Sérieusement.
Une aide… très personnalisée
Dans sa communication, le candidat ne se contente pas de rappeler les échéances légales.
Il propose aussi :
- de vérifier la situation électorale des citoyens,
- de centraliser les démarches,
- de collecter noms et prénoms par mail de campagne,
- et d’orienter vers une permanence politique pour remplir les formulaires.
Autrement dit, il se positionne comme intermédiaire direct entre l’électeur et une démarche administrative qui relève normalement du service public.
Un premier problème : le rôle
L’inscription sur les listes électorales relève :
- de la mairie,
- du site officiel service-public.fr,
- d’un cadre neutre, institutionnel, sans intermédiaire politique.
Quand un candidat s’interpose — même “pour aider” — il brouille les lignes :
le citoyen ne s’adresse plus à l’administration,
mais à une équipe de campagne.
Ce n’est pas illégal en soi.
Mais c’est politiquement et éthiquement discutable.
Un second problème : les données personnelles
Plus problématique encore : la collecte de données personnelles.
Nom, prénom, situation électorale, contact direct avec une équipe politique :
on est ici pleinement dans le champ du RGPD.
Or, dans la communication diffusée :
- aucune mention du responsable de traitement,
- aucune indication sur la finalité exacte,
- aucune information sur la durée de conservation,
- aucun rappel des droits des personnes (accès, suppression, opposition),
- aucune politique de confidentialité visible.
Pire : il s’agit de données liées à l’exercice d’un droit civique, collectées dans un contexte de campagne électorale, ce qui renforce encore les exigences légales.
CNIL : pas de déclaration, mais des obligations
Depuis le RGPD, il n’existe plus de “déclaration CNIL” préalable classique.
En revanche, toute organisation qui collecte des données doit être capable de démontrer :
- sa base légale,
- la conformité du traitement,
- la sécurité des données,
- et le respect des droits des citoyens.
À ce stade, rien dans la publication ne permet de l’affirmer.
Le fond du problème
Ce débat dépasse largement un cas individuel.
On dénonce régulièrement :
- le recul de l’État,
- la disparition des services publics,
- la défiance envers les institutions…
Et dans le même temps, on accepte qu’une équipe de campagne politique se substitue, même partiellement, à une mission administrative essentielle.
Ce n’est pas anodin.
Et ce n’est pas neutre.
La question qui reste
La question n’est pas de savoir s’il faut encourager les Roubaisiens à voter.
Évidemment que oui.
La vraie question est celle-ci :
Depuis quand la collecte de données liées au droit de vote passe-t-elle par une adresse de campagne politique, sans cadre juridique clairement affiché ?
C’est une question de méthode.
De principe.
Et de respect du citoyen.